Quand j'ai commencé ce blog je croyais que je pourrai passer à autre chose, mais force est de constater que c'est une chose impossible. Ce fut un crash une faille dans ma vie... un ouragan qui laisse une trace indélébile comme les tatouages quasi obligé pour la radiothérapie, comme les cicatrices...
On veut dédramatiser la maladie... On essaie de cacher les effets secondaires des traitements à son entourage : résultat tout le monde pense que l'on a moins morflé que la voisine (mais ne s'est-elle pas juste plainte un peu plus que soi ?) J'ai encaissé plutôt bien. Évidemment tout le monde ne m'a pas vue le jour et les lendemains de chimio où le seul remède aux nausées était de rester allongée sur le ventre et au mieux de dormir et d'attendre que ça passe... Quand j'y repense j'ai encore des nausées (vraiment ce n'est pas une image beurk !)
Tout le monde pense que c'est fini : je n'ai plus de traitements lourd donc je suis donc sortie d'affaire. J'ai presque faillit y croire moi-même sauf que le gynéco, lui, ne rassure jamais, il ne s'avance pas, je crois qu'il a toujours vu les choses plus gravement que moi. On ne m'enlèvera pas le pac pour la chimio avant que ce ne soit stabilisé... (ah bon ce n'est pas stable alors?) C'est difficile d'avancer dans le flou, je suis sur un navire dans le brouillard et je ne sais pas qui a les commandes... Je ne mène pas la danse, je me ballade au gré du courant.
On passe à autre chose pour ne pas ennuyer les autres qui sont souvent maladroits. Comment ça va ? bien bien (Certains posent la question sans attendre la réponse mais je ne leur en veux pas pour ça, ça m'arrive aussi) Je vais toujours "bien" pour tout le monde, sauf pour mes vrais amis à qui j'ose enfin dire le fond de ma pensée. Pour mes parents, mes enfants, je préfère ne rien dire, je les protège. Mon homme, lui, préfère éviter d'en parler et pense que c'est terminé. Interprète mal mes baisses de moral croit que je lui fais la "gueule" alors que suis quelque fois complètement morte de trouille. Ça prend toute la place et pour couronner le tout je n'ai pas d'activité professionnelle pour me permettre de sortir de l'engrenage et surtout penser à autre chose.
Ce qui est terrible c'est que je n'arrive pas à concrétiser un projet professionnel avec ça qui me hante en permanence, je fais un blocage. Je ne sais pas si je vais continuer mon boulot d'ass mat car je ne sais pas si je pourrai encore supporter de travailler chez moi (être chez moi et en même temps devoir respecter les règles du conseil général ne pas pouvoir faire les choses comme je veux, ne pas avoir mon havre de paix ) Et travailler à l'extérieur me fait aussi très peur... Il me faudrait un compromis ou un coup de pied au cul...
La devise de mon frère est : "on a ce qu'on mérite" ça se discute je pense, lui, il a tout réussit professionnellement il a beaucoup travaillé pour ça et moi j'ai quoi ? Ai-je mérité ce qui m'est arrivé ? J'ai choisi d'avoir des enfants et d'écarter pour prendre soin d'eux le côté professionnel. Aurai-je dû travailler quand les filles étaient bébés, ne pas en profiter, courir chez la nounou à 5 heures du matin puis chez le médecin, chez le kiné... Ne pas dormir, être épuisée, et en plus tout faire toute seule à la maison parce mon homme partait toute la semaine. Enfin, je peux quand même être fière moi, j'ai trois enfants pas trop mal élevés; finalement, j'ai ce que je mérite...
